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Projet Montréal et partisanerie

by on Jan.13, 2018, under Géneral, Politique

Je trouve idiot que les bourgeois-es paniquent parce qu’illes seront taxé-e-s de 200$ de plus par année sur leur manoir, mais j’ai également été exaspéré par la gauche molle qui défend actuellement férocement Valérie Plante avec des arguments complètement ridicules, du type “On va payer la Ligne Rose avec ça” ou encore “il faut se rappeler que plein de gens ont pas accès à la propriété”. Une position assez bien illustrée par un texte de Céline Héquet publié sur Ricochet. Égale à elle-même, elle en profite pour souligner le fait qu’elle possède plusieurs blocs et qu’elle paye plus de 1000$ par année en cours de yoga.

Il y a pourtant des objections très faciles à opposer à ça:

1. La Ligne Rose est encore au mieux un projet improbable, une promesse électoraliste qu’on commencera certainement pas à payer aujourd’hui grâce à l’augmentation de taxes foncières. (C’est un peu comme le Mur de Trump finalement.)

2. Les références, par la gauche petite-bourgeoise, aux gens qui ont pas accès à la propriété, c’est aussi utile que de parler des pauvres gens qui n’ont pas de Porsche. Ce qu’on veut (et j’inclue une bonne partie de mes ami-e-s et proches là-dedans, je pense) passe de fait dix pieds au-dessus de la tête de la petite bourgeoisie de gauche. Et on sait très bien que la Ligne Rose signifierait la gentrification massive de toutes les zones à proximité des stations. C’est un projet qui va bénéficier énormément, peut-être même principalement à la gauche petite-bourgeoise.

3. Ben beau pour les gens qui possèdent une maison, ils vont avoir plus de misère à refiler la facture à quelqu’un d’autre. Mais pour les proprios d’immeubles à logements…

J’ajouterais que celleux de la gauche qui défendent becs et ongles les errances de Projet Montréal et d’autres régimes de gauche (parfois même en suggérant qu’ils devraient simplement changer leur équipe de comms) me font penser à certain-e-s fans vraiment trop enthousiastes du Canadien. Que le Canadien gagne ou perde, nos vies ne changeront pas. Le pain d’épice ne se mettra pas à tomber du ciel. Mais la victoire en rend tout de même plusieurs extatiques. On sait pareillement que les gouvernements de centre-gauche accueillis dans l’hystérie offrent généralement assez peu au-delà du statu quo. Ces régimes en déçoivent beaucoup, mais il reste toujours des légions de fanatiques pour les défendre.

Dans le genre d’arguments qu’on me présente – et même si une augmentation de taxes foncières n’est pas nécessairement scandaleuse – je peux donc juste voir le symptôme de la partisanerie la plus bête et servile. Un luxe que s’offrent les gens pour qui la politique revient à élire des leaders auxquels ils peuvent s’identifier, comme les fans du Canadien s’identifient à Carey Price. Ces gens-là se satisfont en général d’un changement dans la décoration. L’élection de Coderre ou de la CAQ, ce serait une tragédie pour leur ego avant tout autre chose.

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Combien de membres dans La Meute?

by on Sep.03, 2017, under Géneral, Politique

C’est après avoir passé plus d’un an à lire des islamophobes sur les réseaux sociaux que je me décide enfin à écrire quelque chose sur les militant-e-s racistes typiques qui grossissent les rangs de La Meute et d’autres nébuleuses du même genre. Xavier Camus, avec le soutien de beaucoup de monde, a déjà fait le travail de connecter pas mal de points.

Je n’ai pas d’étude chiffrée à présenter (tout compiler prendrait un temps considérable) mais je pense pouvoir donner quelques impressions assez nettes sur ce qui se passe dans la fachosphère québécoise. Commençons par tenter d’estimer les forces vives d’un de ces groupes-là.

Plus de 60 000 membres dans La Meute? Vraiment?

C’est la prétention des propagandistes de l’organisation. Ce nombre additionne en fait les membres du groupe Facebook public de La Meute (19 000 membres), accessible à tous et à toutes facilement, et les membres du groupe « secret » de La Meute (45 000 membres). Ça peut paraître beaucoup, mais rappelons que le Parti Libéral du Québec a 44 000 mentions « j’aime » et son équivalent fédéral 300 000. Quand les leaders de La Meute affirment qu’ils ont « plus de membres » que le Parti Libéral (qui sont 30 000), il faut prendre ça avec un grain de sel. Pour être membre du PLQ, il faut payer une cotisation – quoique très réduite – et avoir une carte de membre. On est loin du simple clic occasionnel. Recevoir autant de mentions « j’aime » ou d’abonnements, ce n’est d’ailleurs pas du tout un exploit pour une organisation politique : la CAQ a 45 000 « j’aime », Québec Solidaire 75 000 et le PQ 170 000. La différence est dans le mode d’inscription. On ne peut pas « aimer » la page de La Meute : il faut devenir « membre » d’un de ses groupes Facebook pour recevoir de ses nouvelles.

Évidemment, dans les « 60 000 » membres, il y a:

-des doublons (faux comptes);
-des membres inactifs-ives (la vaste majorité);
-des membres « observateurs/trices » qui ne partagent pas du tout les opinions de La Meute (Stéphane Berthomet, par exemple, a déjà été membre de La Meute);
-des membres « accidentel-le-s », qui acceptent les invitations à l’aveuglette (dont plusieurs personnalités qui ont été informées en privé et qui se sont immédiatement désabonnées);
-et finalement des doubles ou triples abonné-e-s (membres de La Meute publique, du “Wolf Pack” canadien, et membres du groupe secret)

Il y a un an, Éric Venne, l’ancien chef, affirmait qu’il y avait déjà « plus de 45 000 membres » au sein de La Meute. En mars 2016, c’était 35 000. La grande majorité des « membres » ont été accepté-e-s dans les premiers mois de l’existence du groupe, sans qu’aucune vérification ne soit faite, et avant que l’organisation ne bénéficie de la publicité qu’elle a aujourd’hui. On a pratiquement invité n’importe qui. Ami-e-s d’ami-e-s, personnalités publiques, politicien-ne-s… Richard Martineau a lui-même été ajouté « à son insu », malgré la parenté idéologique apparente.

Au cours des derniers mois, le groupe secret n’a pas connu autant de croissance qu’au départ : on filtre désormais un peu « mieux » les demandes. En date d’aujourd’hui, il y a 44 505 membres dans le groupe secret de La Meute. Et s’il y a stagnation (sans doute partiellement volontaire) du nombre de membres, ce n’est pas pour rien. Certains des fils les plus populaires recueillent plus de 300 commentaires. Or La Meute sait très bien que plusieurs dizaines de taupes les scrutent. La situation peut facilement devenir incontrôlable – elle l’est déjà pas mal, parce qu’empêcher tout ce monde-là de vomir des incitations à la haine, parfois même au génocide, c’est une tâche difficile.

La Meute pourrait supprimer tous ses membres inactifs-ives. Les posts les plus populaires recueillent presque toujours moins de 900 likes, et ça ne va pas en s’améliorant. Sous le despotisme d’Éric Venne, le rapport membres actifs-ives/inactifs-ives était vu comme un grave problème. Le chef de l’époque tonitruait couramment contre l’absence d’implication dans les rangs de La Meute. Le 12 juillet 2016, il affirmait même qu’il ne voulait « pas donner le go à un tel mouvement si je ne suis pas assuré d’avoir 5 000 personnes dans la rue à mes côtés ».

Mais avec le temps, la masse d’inactifs/ives est devenue la principale force de La Meute. Une sorte de « majorité silencieuse » qui consent en se taisant, un nombre immense qu’on peut brandir à bout de bras en hurlant « nous sommes le peuple ». Comme les membres de La Meute qui prennent la parole s’enfargent plus souvent qu’autrement dans leur propre barbe, le silence presque général a quelque chose de très commode. Ce n’est pas une stratégie particulièrement nouvelle: on se souvient que sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, on préférait cacher certain-e-s des député-e-s les plus réactionnaires, pour ne pas nuire aux relations publiques.

Quel est leur véritable nombre?

Un-e geek en informatique ou un-e infiltré-e pourrait sans doute réussir à obtenir quelque chose de précis des données disponibles sur le web. Je ne suis ni l’un ni l’autre. Mais pas besoin d’avoir fait des années en stats pour comprendre que les données fournies par La Meute sont fantasques et gonflées. L’échec retentissant de la manifestation du 20 août dernier en est un excellent exemple. Les estimations de la taille réelle de la foule varient de 300 à 500 personnes. Les leaders de La Meute ont fourni des chiffres de loin supérieurs.  Dans tous les cas, on est loin du “5 000” privilégié par Éric Venne. Et ce n’est pas parce que les gens de La Meute n’ont pas fait de mob. Suite aux semaines de propagande, ils se sont d’ailleurs sentis « épuisés ». Et le contexte était favorable : l’arrivée de milliers de personnes sur la frontière canadienne, la controverse autour du cimetière musulman de Saint-Apollinaire et l’entière actualité des derniers mois auraient dû servir de tremplin à la mobilisation. Comme elle le fait toujours d’ailleurs : l’attentat mortel de Charlottesville a lui-même conduit à la mobilisation de plusieurs centaines de personnes à Montréal, quelques jours après l’évènement. Il est à noter, également, que la manifestation contre La Meute était plus massive que l’obscure parade qu’elle visait à dénoncer.

L’hypocrisie des leaders de La Meute est foudroyante. Les membres du groupe public ne peuvent pas commenter sur la page et n’ont accès à aucun privilège. On leur dit pratiquement, en pleine face, qu’illes ne sont pas de vrai-e-s membres de La Meute. Mais on les compte dans le nombre total de « membres », quand il est temps de se présenter aux journalistes comme une organisation crédible. Un utilisateur de Twitter, @LetroupeauQC, faisait remarquer récemment que si on additionnait seulement les membres des clans régionaux, on arrivait à un nombre total de 4000 membres environ, dont plusieurs sont entretemps devenu-e-s inactifs/ives. Où sont les 56 000 autres? Malgré les incitations répétées à s’inscrire dans ces sous-groupes, il est difficile pour La Meute de faire bouger ses membres, même sur Internet.

Ce qui est certain, c’est que le coeur de La Meute, qui est actif soit dans la vie matérielle, soit sur les réseaux sociaux, ce n’est pas « le peuple », ce n’est pas « 60 000 » membres, mais c’est tout de même plusieurs centaines d’individus qui s’y impliquent, et/ou qui s’impliquent dans d’autres organisations. Nous aurons peut-être l’occasion de s’intéresser à elleux bientôt.

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Retour sur la « barbarie »

by on Aug.02, 2017, under Culture, Géneral

Le gouvernement libéral de Trudeau a retiré l’expression « barbare » du Guide de citoyenneté, qui est remis aux personnes immigrant au Canada. J’en parle parce que l’affaire s’est rendue jusqu’en France après que Richard Martineau ait éructé sur le sujet.

Les détracteurs de Trudeau en font un débat sur la sacralité du discours, beaucoup plus que sur la condamnation, dans les faits, d’une pratique. Dans le débat public, et surtout chez les politicien-ne-s, l’exécration doit être accompagnée d’un certain décorum. L’obsession de l’utilisation généralisée d’un certain vocabulaire prend de telles proportions qu’elle en devient ritualisée. « Pratique culturelle barbare » est en fait une imprécation, une formule magique. Vade retro satana! Voilà pourquoi, en 2011 d’ailleurs, on avait déjà harcelé Trudeau jusqu’à ce qu’il qualifie finalement l’excision de « barbare ». À en croire certain-e-s, le soleil ne se serait pas levé le lendemain si le rituel ne s’était pas accompli correctement, et tous/tes les Canadien-ne-s se seraient immédiatement réveillé-e-s sans clito.

En ce qui me concerne, et contrairement à Richard Martineau, je ne crois pas à la magie. Ni à la conjuration du mal par des formules rituelles. Plusieurs initiatives contribuent à combattre l’excision, mais rien ne permet d’affirmer que la qualifier de « barbare » fait partie de ce nombre.

Ce qui est civilisé et ce qui ne l’est pas

En répondant à un article de Mathieu Bock-Côté, il y a quelques années, je suis allé prétendre que l’excision était une pratique « civilisée », selon la définition que cet intellectuel propose généralement. C’est-à-dire que la pratique fait intégralement partie du processus civilisationnel, selon lequel il faut empêcher la transgression des normes sociales. Dans ce cas-ci, il s’agit de décourager le sexe hors mariage et de préserver l’honneur familial. Or, c’est à travers les mariages arrangés que les dominants se reproduisent, et qu’ils peuvent prospérer jusqu’à former une caste héréditaire. En civilisation, plus besoin de démontrer une force brute supérieure pour écraser : il suffit d’être né-e au bon endroit, de bien maîtriser les codes et de préserver les alliances. La civilisation est née, et cela fait (encore) consensus chez la plupart des anthropologues et historien-ne-s, de la hiérarchie. Illes sont d’ailleurs maintenant assez nombreux/ses à dire que le sacrifice humain a également permis un développement civilisationnel accru et qu’il était orchestré par l’élite afin de maintenir son pouvoir[1].

Le sacrifice humain et la mutilation génitale, c’est ce qu’on considère généralement comme des « pratiques barbares », mais elles forment en fait un des fondements de nos civilisations.

À l’opposé, on pourrait soutenir que c’est l’assouvissement du désir qui est non-civilisé, l’absence de structure pour empêcher celui-ci de fleurir. Martineau et Bock-Côté sont tous deux de fervents défenseurs du contrôle social, comme l’entièreté des conservateurs/trices d’ailleurs, bien que parfois, cette velléité se cache derrière l’usurpation du concept de « liberté ». (Sur ce point précis, je vous réfère à mes articles précédents, mais disons simplement que ce sont généralement des tentatives de modération du contrôle social qu’illes perçoivent comme du contrôle social. Ça ne fait pas plus de sens que de prétendre que « ne pas tolérer l’intolérance c’est de l’intolérance », mais bon.) Et en tant que conservateurs (surtout Bock-Côté), ils sont idéologiquement très, très proches des Islamistes radicaux et protègent le même type de « civilisation » sexiste, violente, hiérarchisée, homophobe, etc. Pourquoi considèrent-ils donc l’excision comme une « pratique barbare »?

Ce qui est barbare

Il y a l’origine étymologique et l’usage courant. Le plus couramment, ce qui est « barbare » est brutal, violent mais surtout « immodéré » et non-normatif. Se battre, trop boire, faire une faute de politesse ou massacrer son prochain est « barbare ». Mais une musique peut aussi être barbare et un réflexe linguistique peut être un « barbarisme ». Toute violence n’est pas non plus unanimement qualifiée de « barbare ». La peine de mort l’est assez peu, la prison encore moins, le travail presque jamais. Dans beaucoup de cas, on peut cependant associer le « barbare » à une figure d’altérité (un étrange, finalement) jugée moins raffinée. Les Inuits qui mangent de la viande crue. Les homosexuels qui pratiquent la sodomie. Les jeunes qui tutoient les adultes.  Et cette utilisation très commune rejoint assez bien l’origine étymologique bien connue:

chez les Grecs, βάρϐαρος visait simplement à qualifier tout ce qui n’était pas grec. Bar-bar est sans doute une onomatopée visant à imiter le son d’une langue étrangère.

On en revient au rituel (magique) d’exécration : pour plusieurs, dire qu’une pratique n’est pas acceptable – et même si on utilise 1000 synonymes par la suite – ne suffit jamais. Il faut toujours affirmer tout haut qu’elle n’est « pas nous », peu importe le niveau d’incohérence de cette prétention. Dire que quelque chose est barbare, c’est montrer du dégoût pour l’autre, rejeter toute similitude, toute responsabilité, tout lien. Cette distanciation est importante pour marquer la différence entre le « nous » et des ennemi-e-s, mais elle l’est encore plus pour gommer les ressemblances. Beaucoup ont entendu parler de la fameuse étude qui suggère qu’on observe un zèle particulier chez les homophobes qui ressentent une excitation lorsqu’ils sont mis en contact avec de la porno gaie. Cela ne fait pas moins de l’homophobie un phénomène largement hétéro, mais ça pourrait contribuer à nous faire comprendre pourquoi des ordures machistes en viennent à condamner l’excision.

En bons civilisés, ils répriment leurs désirs. Et ils condamnent la pratique parce qu’ils la veulent.

________

[1] Une exception notable : chez les Jukun du Nigeria, entre autres, traditionnellement c’était le roi qui était mis à mort. Mais comme dans plusieurs autres sociétés, une victime “de substitution” a fini par remplacer le souverain. (Luc de Heusch, ÉÉ, no 6., Soleb, 2004, p. 150.)

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Saint-Jean: le symbole et au-delà

by on Jun.25, 2017, under Culture, Géneral

À peu près tout le monde a vu le vidéo du char allégorique d’Annie Villeneuve à la Saint-Jean de Montréal. Beaucoup ont souligné le pouvoir du symbole évoqué par des hommes racisés, vêtus de guenilles et poussant le char, accompagnés d’un choeur immaculé de personnes blanches. Plusieurs en ont profité pour introduire la notion de « colorblind racism », qu’on pourrait traduire par « indifférence raciste ». C’est-à-dire: la tendance, surtout chez les personnes du groupe dominant, à ne pas prendre en considération le vécu des personnes racisées, en prétextant souvent qu’elles ne font « pas la différence » entre les couleurs de peau.  Si vous n’avez toujours pas visionné le vidéo, le voici. Il provient de la page Facebook de Félix Brouillet.

Le symbole

Évidemment, il s’agit d’un accident. Joël Legendre, metteur en scène de la parade, n’a pas volontairement et consciemment voulu représenter des esclaves africains poussant le navire grinçant du nationalisme québécois.

Les jeunes n’en ont peut-être pas eu conscience non plus. Imaginez à présent leur malaise.

Cela ne réduit évidemment pas l’intensité de la bévue. Comme dans toutes les histoires de blackface des dernières années, et dans lesquelles les intervenant-e-s du milieu de la culture ont offert une performance pathétique (Marilou Craft a récemment très bien résumé la situation à Icitte), on s’étonne de l’absence de sensibilité vis-à-vis des groupes racisés, autant que de la sursensibilité vis-à-vis de la critique. Rappelons par ailleurs qu’il y a eu plus de 4000 esclaves au Québec entre 1650 et 1834. Marcel Trudel les a recensé-e-s il y a déjà longtemps. Connaissant les limites de la méthodologie, je sais qu’on ne peut revoir ce nombre qu’à la hausse. Dans le cadre d’un évènement qui vise donc à glorifier le 375e de Montréal, foyer historique de plusieurs centaines d’esclaves, cette représentation est d’une incroyable ironie: on montre accidentellement ce qu’on a essayé de cacher.

Si vous n’y voyez pas de scandale, je vous suggère de réfléchir à cette analogie : et si, dans une parade pan-canadienne, on demandait accidentellement à des Québécois-es de porter des sceaux remplis de l’eau des deux Océans, afin de représenter la devise de la fédération? Je suis certain que l’importance du symbole n’échapperait à personne. Plusieurs y verraient une allusion aux « porteurs d’eau », une vieille insulte raciste visant les Canadiens-français. On ne peut baisser les yeux devant ce genre de mise en scène, même si le sens échappe aux créateurs/trices.

Mais il y a quelque chose de plus choquant que le symbole lui-même.

Un hasard qui n’en est pas un

On sait que la discrimination à caractère raciste a des effets profonds sur la situation financière et sociale des personnes racisées au Québec. Il est notamment plus difficile de se faire valoir auprès des employeurs/euses, plus difficile de signer un bail. Les personnes racisées, diplômées ou pas, enthousiastes ou pas, sont donc proportionnellement plus nombreuses à accepter des mauvaises jobs et galèrent à trouver un logement décent. Ces difficultés se répercutent dans le taux d’emploi, le revenu moyen, etc. Même à Montréal, ce temple de la tolérance.  Je l’ai très bien constaté moi-même à l’automne dernier, alors que je cherchais désespérément une nouvelle source de revenus. Plus l’emploi pour lequel je postulais était bien payé, et plus les employé-e-s appartenant à des « minorités visibles » étaient rares. C’est un fait: à  Montréal, il y a peu ou pas de Noir-e-s en haut de 14$ de l’heure.

J’ai fini par me faire embaucher dans un centre d’appel, une job au salaire minimum : plus de 80% des employé-e-s appartenaient à des « minorités visibles ». La plupart de ceux et celles à qui j’ai parlé étaient diplômé-e-s et s’exprimaient dans un français impeccable.

Au premier jour de ma formation, j’ai entendu les boss hurler après une employée. Ces gens-là savent que leur main-d’œuvre ne peut pas se permettre de perdre une job même minable, et ils multiplient les abus.

Le milieu culturel est similaire. Encore une fois, selon les données amassées par Marilou Craft : « 56 % des Montréalais sont nés à l’étranger ou ont au moins un parent né à l’étranger. Toutefois, selon un recensement du Conseil québécois du théâtre (CQT), dans la saison théâtrale montréalaise 2014-2015, la proportion de contrats attribués à des artistes dits de la “diversité” ou autochtones était de 10,5 %. » La chanteuse Elena Stoodley faisait un constat encore plus scandaleux : « Les Québécois quittaient littéralement la salle quand je chantais. »

Les organisateurs/trices de la parade de la Fête nationale ont cru faire un bon coup en invitant des équipes sportives d’une école secondaire défavorisée. Le contraste n’était pas intentionnel.

Mais il n’y a pas de « hasard » dans le fait de voir autant des jeunes personnes racisées dans les écoles pauvres. Il n’y a pas de « hasard » dans le fait de voir presque uniquement des blancs/anches sur le dessus des chars allégoriques. Il n’y a pas de hasard dans le fait de reléguer les personnes racisées au rôle de porteurs d’eau dans nos manifestations culturelles.

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UQAM et “liberté académique”

by on May.13, 2017, under Géneral

Vers 2007-2008, les ailes jeunesses des trois plus grands partis politiques provinciaux ont organisé un débat à l’Université de Montréal. Comme j’étais déjà un sale anarchiste à l’époque, j’ai joint mes efforts à d’autres militant-e-s d’extrême-gauche, qui avaient par ailleurs, pour la plupart, une très mauvaise réputation.

Comme ni Québec Solidaire, ni le Parti Vert n’avaient été invités, pas mal de monde avait déjà un a priori négatif. L’université est en théorie un lieu d’échanges d’idées, pas de votes, non? La règle qui prévaut ailleurs (pas de député, pas de droit de parole) ne semblait pas adaptée au débat, étant donné que QS et le PVQ occupaient réellement un espace intellectuel, à défaut d’occuper des sièges à l’Assemblée.

Difficile de dire si c’est cette exclusion qui a poussé certain-e-s d’entre nous à distribuer des tracts « élections, piège-à-cons » à l’entrée de l’auditorium. Peut-être que nous aurions mis nos énergies ailleurs si la formule du débat avait été moins insultante. Mais étant pour la plupart globalement critiques de la classe politique, on aurait pas davantage applaudi l’inclusion d’autres jeunes politicien-ne-s.

L’ambiance n’était absolument pas tendue devant l’auditorium. Les tracts étaient distribués, les gens entraient, tout le monde est resté poli. Pourtant, quelques minutes à peine après l’ouverture de la salle, des flics faisaient irruption et « intervenaient » auprès de mes camarades de l’époque. Un des militants haut-placés d’un parti politique (vraisemblablement l’ADQ) s’était en effet senti « intimidé », ou avait eu peur de se faire entarter; ses raisons n’ont jamais été claires. Les gauchistes de l’UdeM avaient l’habitude de se faire brasser : illes ont obéi aux directives de la police.

Plus tard, juste avant la fin du débat, un militant du PLQ, qui me prenait pour un autre, a posé son agenda sur ma table et m’a chuchoté à l’oreille : « Tu poseras cette question-là au représentant du PQ. » Il avait griffonné quelque chose à la hâte au sujet d’une erreur de grammaire. « Si vous êtes si bons dans la défense du français, comment se fait-il que… ». Une question de mauvaise foi et complètement imbécile. Je sais pour l’avoir expérimenté que le PQ utilisait des stratégies similaires. La hiérarchie des partis politiques contrôlait avec soin la période de questions des conférences et débats, noyautait les salles comme elle pouvait. Je doute que ça ait changé.

Il y eut quand même quelques imprévus. Un militant de gauche, avant de poser sa question, a relevé l’absence de Québec Solidaire (le connaissant, ça m’étonnerait qu’il ait été membre du parti). Mais son micro a été coupé après quelques secondes seulement. Réduit au silence, il s’est contenté de lever les bras en signe d’incompréhension, avant de les laisser retomber.

Cette dynamique n’était pas exclusive à l’axe PQ-PLQ-ADQ/CAQ. Quand Ségolène Royal a visité l’UdeM à la même époque, une représentante de ATTAC-Québec, qui figurait pourtant sur la liste d’invité-e-s, avait été refusée à l’entrée. Apparemment elle était trop mal habillée. L’évènement avait été organisé par le CÉRIUM, dirigé à ce moment-là par Jean-François Lisée. À la décharge de celui-ci, quand je lui ai appris l’histoire au téléphone, il semblait passablement scandalisé.

Au cours de la même période, un Carabin a également donné deux grands coups de poing à des amis venus faire respecter une levée de cours lors d’une grève (de seulement une semaine). Une des deux victimes a été expulsée de l’Université, notamment à cause d’une opération de délation menée au sein même du département. De ce que l’on sait, l’agresseur n’a subi aucune conséquence – cette grosse brute doit enseigner Univers Social dans une école secondaire, à présent. Une collègue, plus tard, a aussi affirmé que nous – c’est-à-dire toutes, tous les militant-e-s de gauche impliqué-e-s dans cette grève très pacifique – avions maintenant une note à notre dossier. Je n’ai jamais osé vérifier.

Je ne vivais pas ces confrontations comme étant nécessairement des moments de violence extrême (à part l’expulsion de mon ami). Mon sommeil n’était pas troublé et mon niveau de stress était acceptable. Mais quand je souhaitais réserver un kiosque d’information pour parler de la gratuité scolaire et d’autres enjeux progressistes, je me souviens que j’avais pris l’habitude de faxer ma demande avec le papier en-tête d’un autre organisme, et d’inventer des prétextes comme la « Fête du printemps » et le « Pentathlon de l’Amitié ». Et quand des militant-e-s de l’extérieur venaient nous aider à « mobber », illes étaient plus souvent qu’autrement catastrophé-e-s par la vitesse à laquelle les affiches de l’ASSÉ disparaissaient (parfois plus de 70% au cours de l’après-midi même de l’affichage).

Quand la répression a pris des proportions extrêmes en 2012, j’étais à l’UQAM depuis longtemps, et je n’étais absolument pas étonné. Des professeur-e-s arrêté-e-s, forcé-e-s de donner leur cours par un agent de sécurité de la Best? Des étudiant-e-s profilé-e-s et menotté-e-s alors qu’illes ne faisaient que boire du thé en étudiant? Affreux, mais pas étonnant. D’autant plus qu’à l’époque, la loi spéciale (le fameux projet de loi 78) interdisait non seulement la grève, mais l’incitation à la grève et «l’omission» de ne pas inciter à cesser la grève. Une vraie de vraie atteinte à la liberté d’expression. Mais pas une atteinte exceptionnelle. De fait c’était assez normal, et pas du tout en rupture avec le passé. Au Québec (et un peu partout ailleurs), quand on défend des idées de la gauche radicale, on sait jamais ce qui nous pend au bout du nez. Prendre la parole est risqué. Il se passe rarement une année pendant laquelle nous n’ayons pas à défendre physiquement un évènement menacé par des racistes, des mascus, des transphobes, la police ou autres. Qu’on vienne tenter de nous donner des cours sur la liberté d’expression est un peu risible.

Et s’il s’avère que les universitaires réacs du Québec vivent dans la peur – j’en doute, malgré leur impressionnante capacité à avoir peur de tout – eh bien j’ai une bonne nouvelle à leur annoncer : nous vivons tous et toutes dans la peur mutuelle. Nous avons peur de la répression. Illes ont peur d’être contredit-e-s. J’imagine que ça s’équivaut. Quant à la soi-disant liberté académique, elle a toujours senti le moisi.

Au Festival du Jamais Lu, Marcos Ancelovici a déclaré que quand on censurait vraiment quelqu’un, on ne l’invitait pas sur tous les plateaux pour en parler le lendemain matin. C’est vrai si on parle du cas du Chili de Pinochet, auquel il faisait référence. Mais en 2010, quand je suis sorti de la prison du G20 de Toronto avec des dizaines d’autres manifestant-e-s, des journalistes du Star et de CBC/SRC attendaient déjà devant la grille. Il peut arriver que la censure ait un effet contraire. On peut alors souvent parler d’Effet Streisand. Et le cas de censure n’a pas besoin d’être véridique pour que les principaux/ales acteur/trices fassent du millage dessus. Par exemple,  la fameuse conférence transphobe de Rhéa Jean n’a pas été perturbée aussi violemment qu’elle aime le répéter partout. Et dans le cas de Mathieu Bock-Côté, le panel a été annulé par l’organisateur sans qu’il n’ait reçu de menaces. Il l’a dit et redit lui-même, mais c’est le polémiste qu’on a écouté. Même Normand Baillargeon parle encore d’une «conférence interdite». À quelqu’un qui lui parle d’une manifestation néo-nazie en Europe, il répond:

Toutes proportions gardées, MBC a retenu plus d’attention au Québec que la tentative de censure du Forum Social Mondial de Montréal, marquée notamment par la diffamation politicienne, le rejet des demandes de visas de centaines de participant-e-s (dont Aminata Traoré) et la violence de la LDJ, une organisation d’extrême-droite. Et évidemment, on a pas ironisé, à ce moment-là, en disant que les censeurs ne faisaient que donner plus de visibilité aux évènements en s’y attaquant. Parce que tout le monde ne bénéficie pas de l’Effet Streisand. Et que les victimes qu’on a tendance à croire satisfont souvent à certains critères bien précis.

Le double-standard et la fabulation sont donc au centre du discours concernant la liberté d’expression dans nos université (mais surtout, voire exclusivement à l’UQAM). Des rumeurs d’origine largement – mais pas que – conservatrice parlent d’un inquiétant phénomène de censure sur les campus états-uniens. Il n’en faut pas plus pour qu’on cherche ici les symptômes manifestes d’une contamination. Et qu’on hurle à la mort au premier récit délirant qui semble la confirmer. Personne n’a cru bon de chercher à savoir, dès le départ, si la situation était si désespérante aux États-Unis, et si le portrait qu’on se fait de l’état de la liberté académique chez nos voisins du sud est réel ou déformé par la distance et la caricature médiatique.

Tout aussi déprimant : la responsabilité des anarchistes là-dedans. Évidemment, beaucoup d’anars sont dogmatiques. Ni plus ni moins que le premier venu. Mais parler de radicalisation? Ayant perturbé ma première conférence (de presse) vers 2004, est-ce que j’étais déjà radicalisé à l’époque? Et quoi dire de l’influence presque totalitaire sur les campus, si aigüe que les profs craintifs/ives s’autocensurent avant même qu’on ait l’occasion de le faire? Je ne savais pas qu’on représentait une telle force.

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Liberté de parole et populisme xénophobe

by on May.04, 2017, under Géneral, Politique

Pour une fois, ce sera très court.

1. Je synthétise une bonne partie de mes textes précédents sur le sujet : une participation à un panel universitaire est une forme de légitimation, ça donne de la crédibilité, ça paraît bien dans un C.V. et ça permet de réseauter. S’exprimer à l’université donne de l’INFLUENCE. Si une personne se sert de son influence pour stigmatiser et déclencher de la violence envers des groupes opprimés – même sans incitation directe et claire – eh bien il faut la désinviter.

2. Si tu dis des trucs intolérants, tu es de facto contre la liberté d’expression et donc en situation de paradoxe. Viens pas me faire chier.

3. La liberté de parole est revendiquée depuis longtemps par des gens qui ne tolèrent pas que certains groupes existent. Vous devinerez jamais comment s’appelait le journal de Drumont, pamphlet antisémite français très populaire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

Ça peut-tu être plus clair.

Les conneries que les racistes sortent ces temps-ci au sujet de la liberté ne m’émeuvent donc pas. Leur confusionnisme[1] non plus. Ce qui m’amène au point suivant.

4. Les racistes du début du XXe siècle avaient leurs propres équivalents de “islamo-gauchiste” et de toutes les variantes de “millionnaire saoudien”. C’était “juif communiste”[1] et “banquier juif”. Ces deux groupes aux intérêts ultimement opposés étaient à l’époque supposément réunis au sein d’un même complot, imaginé surtout à partir d’un document connu sous le nom de Les Protocoles des Sages de Sion (un faux). Cette manière très commode de mettre tous les ennemis de l’ordre conservateur blanc dans le même camp, c’est exactement celle qu’utilisent les xénophobes d’aujourd’hui, en prétendant par exemple que QS (juif-communiste/islamo-gauchiste) est secrètement allié au PLQ (banquier-juif/millionnaire-saoudien).

Et quoi faire quand on a le choix entre des muzz transgenres communistes et des banquiers muzz ? Il existe une alternative, et c’est pas le centre. C’est l’extrême-droite non pardon je veux dire la «troisième voie». Elle permet en théorie de joindre au racisme une posture à la fois antiélitiste et anticommuniste. En pratique, ça donne plutôt un mélange des meilleurs côtés de Staline, de Pinochet et de l’Inquisition espagnole[3].

______________

[1] Illes avaient plus ou moins le même profil que les “Francs-maçons”.

[2] Pour citer d’autres anars: “Le confusionnisme politique est le fait que des courants conservateurs et réactionnaires, appartenant à la sphère de l’extrême droite, s’approprient et utilisent des thématiques habituellement portées par des courants situés à l’opposé de l’échiquier politique. Ils investissent ainsi les terrains de luttes de leurs opposant·e·s politiques (anticapitalisme, écologie, critique des religions…), en utilisant une rhétorique qui leur est proche, pour servir en réalité leur propre idéologie.”

[3] Pas de point Godwin pour moi aujourd’hui mais le principe est là.

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Briser le dialogue : le cas de Mathieu Bock-Côté

by on Jan.27, 2017, under Géneral, Politique

« Il ne s’agit pas de dialoguer avec les détenteurs d’autorité qui rendent nos vies misérables et mortifères. »
-Noël Godin

Le « sociologue » qui a de fait plus d’expérience dans les phrases pompeuses que dans les sciences sociales s’est fait entarter en pleine librairie, mercredi soir. Ce matin, il a eu l’occasion de s’en plaindre à l’émission de Catherine Perrin. L’équipe de celle-ci n’a pas manqué l’occasion d’inviter Noël Godin, fameux entarteur belge, et une chercheure, Julie Dufort, à débattre du sujet avec l’opinioneur du Journal de Montréal, qui ne sait toujours pas s’il traînera l’entarteur devant les tribunaux. À ce sujet, on pourrait peut-être conseiller à Mathieu Bock-Côté de prendre exemple sur un wobblie et antifasciste états-unien qui, atteint par balles lors d’un rassemblement étudiant, a dit souhaiter passer par un processus de justice transformatrice plutôt que d’exiger que son agresseur soit accusé au criminel. Pas mal pour une extrême-gauche qui par ailleurs manquerait de nuances (selon Raphaële Germain).

Quel dialogue?

C’est amusant d’entendre le prince du monologue se plaindre d’un soi-disant « dialogue brisé ». Il n’y a jamais eu de dialogue avec Mathieu Bock-Côté. Ni avec lui, ni avec Richard Martineau, ni avec Christian Rioux. Leurs appels constants à la haine ne sont pas du dialogue. Ce n’est pas parce que l’agitation vient seulement sous forme de paroles qu’elle ne peut pas faire partie d’un système coercitif et violent, ou qu’elle ne peut pas, de fait, en constituer les bases – inutile, j’imagine, d’expliquer ici ce en quoi consiste la propagande. Lors de la crise de la Charte des valeurs, c’est amplement le discours du PQ sur la prétendue menace immigrante qui a transformé l’hémorroïde haineuse québécoise en tumeur, et on peut tout à fait tenir les leaders pro-charte et leurs subalternes responsables de plusieurs des dérives, de la même manière qu’on peut tenir le discours venimeux de Trump responsable de l’actuelle flambée de violence raciste aux USA. Bock-Côté n’est pas étranger à ce type de rapport entre base et élite au sein d’un mouvement politique: en 2010, il disait même, dans l’objectif de culpabiliser la gauche modérée, que « l’ultragauche n’est pas toute la gauche. Mais ses analyses sont souvent récupérées de manière plus ou moins atténuée par des acteurs du débat public dont on ne saurait contester les convictions démocratiques . C’est justement pour cette raison que c’est la gauche démocratique qui devrait être la première à rappeler à l’ordre ceux qui pratiquent une opposition radicale à la démocratie occidentale et à la civilisation qui l’irrigue.» Et toi, mon tabarnak? Quand est-ce que tu vas rappeler tes ami-e-s nazillons à l’ordre? Ceux que tu as contribué à former intellectuellement?

On ne peut espérer, non plus, un simple « dialogue » avec des gens qui ont un pouvoir, une visibilité et une crédibilité aussi grandes. Mathieu Bock-Côté n’écrit pas seulement dans le Journal de Montréal : de fait il garde ses analyses les plus conservatrices et réactionnaires pour le lectorat du Figaro et publie ses livres chez VLB et Boréal. On peut présumer à l’avance du résultat d’un dialogue entre une personne aussi puissante et une personne ordinaire : les dés sont pipés. Il n’y aura pas de dialogue d’égal à égal avec lui. Tout au plus un simulacre de dialogue.

L’entartage permet justement de remettre les choses en perspectives. La grande monture blanche de ce Napoléon de basse-cour est redevenue, du moins temporairement, un cheval de bois, et ses embrasements des gesticulations ridicules, des bouffonneries. Ce processus de désimmortalisation n’est pas un bris de dialogue, mais la négation que ce dialogue existe.

Ironiquement, on pourrait d’ailleurs faire remarquer que le dialogue commence toujours par la reconnaissance mutuelle de l’inexistence de dialogue.

 

Mathieu Bock-Côté, fasciste ou pas?

C’est l’insulte que ce dangereux terroriste a envoyée à Mathieu Bock-Côté, un peu avant la tarte. Tous/toutes les observateurs/trices « crédibles » se sont entendu-e-s pour dire que Bock-Côté n’était pas un fasciste. Qu’est-ce qu’un fasciste, tout d’abord? Qui mérite d’être traité-e de fasciste? Ce débat fait rage depuis plusieurs années. Deux positions extrêmes largement défendues s’affrontent: d’un côté, on préfère la définition étroite et historique. N’est fasciste, finalement, que le militant en chemise noire ayant soutenu Mussolini entre 1921 et 1945. De l’autre : toute personne se réclamant du fascisme ou ayant des tendances totalitaires est une sorte de fasciste et/ou mérite de se faire traiter de fasciste. Je reconnais des torts aux deux positions, et voilà pourquoi je préfère le terme plus inclusif de « facho ».

Donc. S’il n’est pas certain que Mathieu Bock-Côté soit un fasciste, est-il cependant un « facho »?

Le polémiste n’a aucun problème à se faire décrire comme un « conservateur ». Il l’a dit à quelques reprises, et l’a répété ce matin. On peut difficilement faire autrement que de lui concéder ce point. Il a montré à plusieurs reprises qu’il était réfractaire à presque tous les progrès sociaux des dernières décennies, faisant la promotion de l’idéal aristocratique d’un paradis perdu. Il s’est notamment inquiété à de nombreuses reprises de la prétendue disparition de notre civilisation, par l’action concertée des progressistes (surtout les TAPETTES[1]). Je retiendrai cette citation :

« On peut aussi croire que dans une époque qui veut tout dissoudre dans l’individualisme libertaire, la société se crispe, comme si elle résistait aux déconstructeurs qui ne savent plus où s’arrêter et qui saccagent pour le simple plaisir de tout détruire un monde qu’il faudra bien du temps pour reconstruire. Car au terme de la déconstruction, on ne trouve pas l’homme dans sa pureté originelle : on risque de trouver le vide et la sauvagerie. »

Elle résume parfaitement bien la pensée de Mathieu Bock-Côté. J’ai écrit un texte en entier sur sa relation avec la civilisation, disponible sur La Tomate Noire.

Le conservatisme de Bock-Côté est profondément hostile à toute lutte pour l’égalité. Tout nouvel acquis lui semble intolérable, surtout si ces acquis visent les communautés LGBTQIA+. Par exemple, le fait de changer “père, mère” dans les formulaires par “parent 1, parent 2” a déclenché l’ire du chroniqueur, qui y a vu le signe d’un désastre anthropologique à venir : «Le propre d’une référence anthropologique forte est de structurer chaque culture et d’être prise en charge socialement, à la manière d’une norme appelée à définir les rapports sociaux. La référence au père et à la mère est de cette nature. Elle est fondatrice pour l’humanité. On ne peut l’éradiquer sans abimer intimement la culture.» La théorie du genre a fait l’objet de quelques-unes de ses chroniques. Dans l’une d’entre elles, il expliquait aux Français-es que les queers tentaient de « ramener l’humanité à une forme d’indétermination primitive » et disait militer lui-même, ironiquement, pour un respect des catégories sociales et contre le fait «de congédier l’idée même de nature». Dans un autre texte, il défendait presque la Manif pour tous (c’est-à-dire les homophobes de France) avant d’ajouter son fameux : « Nul besoin, ici, de partager les convictions de [insérer un nom de mouvement discriminatoire] » pour s’en distancier. Franchement. Même Christian Rioux est plus subtil.

Mathieu Bock-Côté est un homophobe à mots couverts. Il n’aime pas l’homosexualité comme il n’aime pas tout ce qu’il considère être ahistorique, contre-anthropologique, anticivilisationnel, contre-nature. Mais il camoufle ses tendances discriminatoires (comme ses contradictions) sous un style très lourd et ronflant ou sous des concepts vides.

Le conservatisme de Bock-Côté est également élitiste. Parfois, il s’offusque de la « barbarie » qui se répand sur le net : « C’est un malheureux processus de décivilisation et d’ensauvagement des comportements sociaux qui se voit là. On nous répète depuis quarante ans que moins il y aura de règles, d’habitudes, de rituels et de traditions plus l’individu sera libre et heureux. » Selon lui, la liberté de parole dont on fait preuve sur Internet « marque ainsi une rupture avec un des codes les plus ancrés de la respectabilité sociale : s’exprimer convenablement. » En parlant de la culture populaire, il constate avec mépris que  : « Et quoi qu’on en dise, la civilisation est un processus fragile. Il suffit finalement de peu de choses pour qu’un être raffiné et sophistiqué se transforme en gueulard postillonnant. » Alors même qu’il s’attaque périodiquement au « politiquement correct », prend la défense de Martineau et du populisme conservateur, il abhorre toute transgression ou subversion qui ne soit pas par essence réactionnaire, tout simplement parce que «le respect des formes contribue à la pacification des mœurs.» Autrement dit, son double-standard est parfaitement justifié, et c’est à peine s’il ne se dépeint pas lui-même comme l’incarnation divine du politiquement correct, mais pas n’importe lequel «politiquement correct»: le sien propre. On lui reconnaît au moins de ne pas être incohérent au point d’adorer ouvertement Donald Trump : car s’il ne l’aime pas trop, c’est surtout parce qu’il est impoli. Tout ce qui constitue le reste de sa personne semble provoquer chez lui une solide érection (mais tsé, no homo, là).

Le conservatisme de Bock-Côté entretient un rapport d’ailleurs presque érotique et religieux avec le pouvoir. À plusieurs reprises, il a exigé des opposant-e-s de Trump qu’illes acceptent la défaite. Selon lui, « on peut néanmoins travailler à restaurer, dans les paramètres d’une anthropologie démocratique, la verticalité et la sacralité du pouvoir – sans quoi le pouvoir n’est plus le pouvoir. » La sacralité du pouvoir? Sa verticalité? Restaurer? Ce passage est d’une clarté cristalline: la démocratie ça se passe du haut vers le bas, le pouvoir était sacré, il ne l’est plus, et sans Trump on vivrait dans une époque terrible. Pas étonnant de l’entendre vilipender un monde en déclin (surtout dans le domaine de l’éducation) et se plaindre de l’autorité que les progressistes épluchent comme la pelure sur son orange bleue.

Le conservatisme de Bock-Côté est finalement très, très nationaliste et identitaire. Ce n’est un secret pour personne : il est opposé à tout ce qu’il considère être une manifestation du multiculturalisme et « identitaire » est un de ses mots préférés. En fait, même si on fait abstraction de son islamophobie délirante, Mathieu Bock-Côté reste un raciste. Et selon lui tout organisme, tout groupe qui s’oppose au racisme est un « véritable repaire d’idéologues de gauche radicalisés », même (et surtout) la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Selon lui, il n’y a pas de racisme systémique au Québec, et les difficultés d’intégration des immigrant-e-s (c’est-à-dire, selon les organismes : leur difficulté à trouver un emploi et non pas leur homogénéisation culturelle, mais MBC ne semble pas en tenir compte) n’auraient rien à voir avec la discrimination qu’illes subissent : seulement, certaines cultures ne seraient pas « aisément compatibles entre elles ». De fait, c’est l’homme blanc (il inclue la femme là-dedans) qui est la grande victime du XXIe siècle.

Donc, résumons: Mathieu Bock-Côté est réfractaire aux droits des personnes LBGTQIA+, il est élitiste (sauf quand un homme du peuple, plein de bonhomie et de gros bon sens, appuie ses idées), autoritaire, nationaliste, conservateur, et base toute sa pensée sur une vision ésotérique de l’histoire et de l’anthropologie, dans laquelle il cherche la clef de toutes les questions entourant la notion de civilisation. Quand il réfute le rapprochement actuel entre l’inquiétante montée du nationalisme-conservateur et du fascisme d’autrefois, c’est en disant: « C’est au nom d’un patriotisme charnel, enraciné, vivant, historique, et souvent même mystique qu’on entrait en résistance contre le nazisme ». En plus d’invisibiliser le travail des résistant-e-s non-nationalistes, souvent d’extrême-gauche ou étrangers/ères, il propose donc un contre-argument assez faible : ma gang c’est pas des nazis, puisque des gens semblables à ma gang ont tué des nazis. Par ailleurs, l’extrême-droite québécoise ne serait pas inquiétante, puisque c’est « en criant Allahou Akhbar qu’on assassine ».

 

Conclusion

Que manque-t-il finalement à Mathieu Bock-Côté pour être définitivement qualifié de facho? Pas grand-chose. L’intensité des appels à la violence, peut-être? Le fait qu’il n’a pas précisément fait la promotion de la solution finale? L’uniforme? Cet auteur n’est pas, bien entendu, le petit mussolinien typique, du genre à marcher d’un pas cadencé dans nos rues en faisant le salut hitlérien. Mais du moment qu’on a étudié un peu l’histoire, on sait qu’il n’y avait pas de nazi-type, de fasciste-type, et que ces mouvements d’extrême-droite étaient multiformes et divisés. Monarchistes, socialistes défroqués, grands capitalistes, syndicalistes ouvriers, membres du clergé, collabos de circonstance, philosophes même. Illes étaient de tous les horizons, et tous, toutes n’ont pas fait la job de bras, tous et toutes n’ont pas signé des autorisations aux trains pour qu’ils se rendent aux camps de la mort. S’il y a plusieurs formes de fascisme, pourquoi ne pas réfléchir au fait de qualifier Mathieu Bock-Côté de fasciste modéré, tiens? Si, du point de vue de ce dernier, «L’islamisme, même lorsqu’il ne mène pas au terrorisme, mine nos sociétés», le fascisme peut bien ne pas toujours conduire au génocide, sans pour autant être qualifié d’autre chose que de fascisme, et miner nos sociétés.

Au-delà de tout ça, Mathieu Bock-Côté méritait-il une tarte en pleine gueule? Comme on l’a vu plus tôt, ce n’est pas un petit intellectuel innocent : il fait ouvertement la promotion de la discrimination, et nourrit l’agitation d’extrême-droite. Des groupes xénophobes, comme Poste de Veille par exemple, partagent ses textes. Donc je crois que l’entartage était pas du tout disproportionné. Méritait-il l’insulte de fasciste? Oui. Notez toutefois qu’une insulte n’est pas nécessairement une accusation en bonne et due forme, ni une tentative de démonstration de A par B.

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[1] Comme moi.

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Le genre neutre en français – une tentative

by on Jan.04, 2017, under Géneral, Genre

Je féminise la plupart de mes textes depuis des années et des années. C’est devenu un automatisme : quand j’écris « les militant-e-s », mon doigt se place intuitivement sur la touche «-». À l’oral, je suis nettement moins habile, en revanche : je m’enfarge sans arrêt depuis au moins 2006, mon utilisation de la féminisation change selon le public visé, j’ai tendance à faire l’élision du “et”; même que parfois je fusionne des syllabes. Ce qui donne en général quelque chose comme « les infirmiersfirmières » et « les étudiantudiantes ». Il existe un autre problème à l’oral : afin de distinguer clairement le substantif du participe présent au milieu de mon bégaiement et de mes hésitations, je place le féminin en dernier dans le cas de mots en “-ant”. Car il y a parfois eu des confusions à cet égard : par exemple, quand je dis « les étudiantes-étudiants en histoire », si je ne prononce pas clairement un « et », il arrive souvent qu’on comprenne « les étudiantes étudiant en histoire ». Normal : dans ce cas précis le même phonème se répète : é-é. Le réflexe s’est étendu au reste (d’autant plus qu’il me permet de faire plus facilement l’élision de syllabes et donc de parler plus rapidement) et il m’est même arrivé de me le faire reprocher. Pour avoir l’air plus naturel, j’ajoute donc un « pis les » entre plusieurs substantifs : « les pompières pis les pompiers accepteront jamais l’entente ». Mais dans ce cas précis, il y a des « p » partout, et quelqu’un de pas très attentif pourrait croire que j’ai dit quelque chose comme « les pompières épompées », ce qui ne veut absolument rien dire. Le « ça pis ça » me donne moins l’impression de simplement parler « comme un militant de l’ASSÉ » mais ce n’est pas parfait.

L’Insolente Linguiste est réfractaire aux contractions de la féminisation à l’écrit. Elle a expliqué brièvement son point de vue sur Facebook., dans la foulée de commentaires concernant un article du Devoir sur l’Académie française.

Je ne suis pas d’accord avec ce fragment d’explication : effectivement, la langue est surtout orale, mais pas mal de formes écrites comprennent des idéogrammes, des déterminatifs, des émoticônes, et plusieurs trucs pas du tout applicables à l’oral. Cela peut s’avérer très utile et ajouter de la flexibilité à notre manière de nous exprimer. Je considère par ailleurs cette forme de féminisation comme étant essentiellement orale. Quand on lit « étudiant.e.s », on doit prononcer « étudiants et étudiantes » ou « étudiantes et étudiants ». Il n’y a pas de confusion ou d’accroc, du moment qu’on comprend le code. Les formes de proto-écriture les plus communes ne représentaient pas des phonèmes : c’était de simples signes servant à mémoriser. L’association phonème-caractère s’est faite graduellement. Qu’on conserve des conventions similaires, encore aujourd’hui, ne m’offusque pas tellement.

Comme plusieurs autres, je réfléchis cependant depuis longtemps à la création d’un genre neutre en français. Non seulement en raison de sa commodité mais également pour que les personnes non-binaires ne soient plus forcées de choisir entre le masculin et le féminin. Mais je n’ai rien osé proposer, parce que je jugeais que je ne me tenais pas suffisamment au courant des débats sur la question pour y participer, et que je ne suis pas suffisamment calé en linguistique pour me sentir légitime. Si une personne consciencieuse peut me renvoyer vers des ressources en ligne sur le sujet – et là je parle de tentatives réelles de créer un genre neutre pour le français, je connais déjà le « ille », le « iel », et j’ai fait un peu de linguistique française, alors je connais très bien l’histoire misogyne de la grammaire – j’apprécierais.

Dans certains milieux queer et féministes de l’extérieur du Québec, les éléments neutres déjà présents dans une langue (comme en allemand) voient souvent leur utilisation élargie. C’est très commode quand le genre neutre existe DÉJÀ depuis longtemps.

En français, il faut remonter loin pour trouver un genre neutre (et je ne sais pas où exactement). En latin, on utilisait un genre neutre, mais on le déclinait également : se coller à ces règles ne me semble pas utile aujourd’hui, mais on pourrait marquer le genre neutre par un « um » bien senti, puisque c’est ainsi qu’on terminait un nom neutre de la deuxième déclinaison au nominatif, et laisser tomber toute déclinaison supplémentaire. On écrirait donc « l’étudiantum s’est inscritum en sciences de l’information.» Évidemment c’est hideux.

Voilà donc ce que je propose:  changer la terminaison par une lettre qui n’est grammaticalement pas réellement associée à un genre : le “i”[1]. Au lieu d’étudiant.e.s, on pourrait alors écrire “étudiantis”, “iels ont été malmenéis” et prononcer le “i” quand ça adonne aussi à l’oral, incluant dans les participes et adjectifs (par exemple : “Iels ont été satisfaitis”.) La prononciation semble assez naturelle dans la plupart des cas, et permettrait l’utilisation plus fréquente des diphtongues. Possible qu’à la longue, le «i» tombe à l’oral, et qu’on finisse par prononcer « Iels ont été satisfaitz » mais j’en ai sincèrement rien à foutre.

Qu’en serait-il des articles?

Il serait possible d’écrire « lèi traducti » au lieu de « le/la traducteur/trice ». Ou encore « lèi traducteuri ». Au pluriel : « Les traducteuris / traductis ». Ça peut paraître totalement étrange, mais on s’y ferait rapidement. Le cas du un/une est plus complexe, étant donné que « uni » se dit assez mal dans certaines situations (vous ferez l’essai) : je suggère alors de conserver la nasale du masculin, d’ajouter un « ne » et d’écrire « unne », ce qui je pense a déjà été fait. Possible qu’avec le temps, les noms débutant par une voyelle nous poussent à prononcer « une », et les noms débutant par une consonne « un ». Les articles neutres, au pluriel, n’auraient pas à changer, quoique j’aime bien « leis », comme dans « leis enchanteuris malheureusis » (« les enchanteurs/eresses malheureux/euses »).

Il risque certainement de subsister quelques ambiguïtés, puisque certains noms se terminent en “i” et “ie”. Par exemple, « unne bourgeoisi aiséi » pourrait être confondu, à l’oral, avec « une bourgeoisie aisée », et « lèi pêcheuri est ferméi » avec « la pêcherie est fermée ». Si on décide également de prononcer le “s” au pluriel, il serait difficile de différencier “auteuris” de “autrice”, et “acteuris” de “actrice”. Tout n’est pas parfait avec le “i” mais il existe certainement des manières de contourner la plupart des ennuis.

L’utilisation d’un genre neutre peut nous donner l’impression de lire une langue étrangère, ou une forme de latin « macaronique ». Mais il est assez rare qu’un texte doive compter un grand nombre de féminisations : on utilise généralement ce procédé pour parler de personnages génériques ou de groupes mixtes. La langue ne risque pas d’en être totalement « dénaturée ».

______

[1] On pourrait justifier par le fait qu’on utilisait le « i » à la fin des noms de la deuxième déclinaison, au neutre en latin, cas génitif. C’est une explication ridicule mais trouver une antériorité imaginaire à un élément nouveau permet souvent de confondre les esprits réactionnaires.

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Fierfête, ce nouveau blog.

by on Dec.21, 2016, under Géneral

Deux ans après la création de La tomate noire, j’ai de nouveau ressenti le besoin de disposer d’un espace personnel où je pourrais publier sans délai, sans deuxième regard et sans contraintes de sujet. Ce n’est pas, vous le constaterez, une façon de me distancier du projet original : Fierfête est un blog voisin, voire affilié à La tomate noire, dont j’ai d’ailleurs copié maladroitement le design (de fait je me suis auto-plagié, je risque d’améliorer tout ça au cours des prochaines semaines) et pour lequel je ressens toujours un amour inconditionnel.

Les textes publiés ici risquent d’être parfois plus personnels, incisifs et courts, plus semblables à ce que je faisais sur Les Tribulations d’un Mouton Marron. Il y a de fortes chances pour que mes critiques d’oeuvres littéraires et cinématographiques se retrouvent également majoritairement ici, plutôt que sur Des complots pour sauver le monde. La blogosphère québécoise étant tout à fait moribonde depuis au moins 2013, je n’ai cependant pas encore imaginé de stratagème afin d’amener des lecteurs/trices jusqu’ici.

J’aurais tout aussi bien pu reprendre mon ancien blog et mon ancienne identité : tout est encore archivé. Mais Google et Blogger ne cherchent qu’à fusionner mes multiples identités de la manière la plus sinistre qui soit. Et si Noblogs est une plateforme absolument impossible à naviguer, elle est toutefois libre, sans pubs et administrée par des rebelles. Cela vaut certainement un effort supplémentaire en codage CSS. Il y avait aussi un problème avec le mot « marron ». Marron était une référence aux esclaves en fuite et non à la couleur ou au fruit. Aujourd’hui je trouve que ça fait un peu « appropriation culturelle » alors j’ai laissé tomber.

Le nom

Fierfete c’est du vieux français, ça veut dire quelque chose comme “Nouvelle Lune”. Ça sonne bien non?

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