Fierfete

Archive for January, 2017

Briser le dialogue : le cas de Mathieu Bock-Côté

by on Jan.27, 2017, under Géneral, Politique

« Il ne s’agit pas de dialoguer avec les détenteurs d’autorité qui rendent nos vies misérables et mortifères. »
-Noël Godin

Le « sociologue » qui a de fait plus d’expérience dans les phrases pompeuses que dans les sciences sociales s’est fait entarter en pleine librairie, mercredi soir. Ce matin, il a eu l’occasion de s’en plaindre à l’émission de Catherine Perrin. L’équipe de celle-ci n’a pas manqué l’occasion d’inviter Noël Godin, fameux entarteur belge, et une chercheure, Julie Dufort, à débattre du sujet avec l’opinioneur du Journal de Montréal, qui ne sait toujours pas s’il traînera l’entarteur devant les tribunaux. À ce sujet, on pourrait peut-être conseiller à Mathieu Bock-Côté de prendre exemple sur un wobblie et antifasciste états-unien qui, atteint par balles lors d’un rassemblement étudiant, a dit souhaiter passer par un processus de justice transformatrice plutôt que d’exiger que son agresseur soit accusé au criminel. Pas mal pour une extrême-gauche qui par ailleurs manquerait de nuances (selon Raphaële Germain).

Quel dialogue?

C’est amusant d’entendre le prince du monologue se plaindre d’un soi-disant « dialogue brisé ». Il n’y a jamais eu de dialogue avec Mathieu Bock-Côté. Ni avec lui, ni avec Richard Martineau, ni avec Christian Rioux. Leurs appels constants à la haine ne sont pas du dialogue. Ce n’est pas parce que l’agitation vient seulement sous forme de paroles qu’elle ne peut pas faire partie d’un système coercitif et violent, ou qu’elle ne peut pas, de fait, en constituer les bases – inutile, j’imagine, d’expliquer ici ce en quoi consiste la propagande. Lors de la crise de la Charte des valeurs, c’est amplement le discours du PQ sur la prétendue menace immigrante qui a transformé l’hémorroïde haineuse québécoise en tumeur, et on peut tout à fait tenir les leaders pro-charte et leurs subalternes responsables de plusieurs des dérives, de la même manière qu’on peut tenir le discours venimeux de Trump responsable de l’actuelle flambée de violence raciste aux USA. Bock-Côté n’est pas étranger à ce type de rapport entre base et élite au sein d’un mouvement politique: en 2010, il disait même, dans l’objectif de culpabiliser la gauche modérée, que « l’ultragauche n’est pas toute la gauche. Mais ses analyses sont souvent récupérées de manière plus ou moins atténuée par des acteurs du débat public dont on ne saurait contester les convictions démocratiques . C’est justement pour cette raison que c’est la gauche démocratique qui devrait être la première à rappeler à l’ordre ceux qui pratiquent une opposition radicale à la démocratie occidentale et à la civilisation qui l’irrigue.» Et toi, mon tabarnak? Quand est-ce que tu vas rappeler tes ami-e-s nazillons à l’ordre? Ceux que tu as contribué à former intellectuellement?

On ne peut espérer, non plus, un simple « dialogue » avec des gens qui ont un pouvoir, une visibilité et une crédibilité aussi grandes. Mathieu Bock-Côté n’écrit pas seulement dans le Journal de Montréal : de fait il garde ses analyses les plus conservatrices et réactionnaires pour le lectorat du Figaro et publie ses livres chez VLB et Boréal. On peut présumer à l’avance du résultat d’un dialogue entre une personne aussi puissante et une personne ordinaire : les dés sont pipés. Il n’y aura pas de dialogue d’égal à égal avec lui. Tout au plus un simulacre de dialogue.

L’entartage permet justement de remettre les choses en perspectives. La grande monture blanche de ce Napoléon de basse-cour est redevenue, du moins temporairement, un cheval de bois, et ses embrasements des gesticulations ridicules, des bouffonneries. Ce processus de désimmortalisation n’est pas un bris de dialogue, mais la négation que ce dialogue existe.

Ironiquement, on pourrait d’ailleurs faire remarquer que le dialogue commence toujours par la reconnaissance mutuelle de l’inexistence de dialogue.

 

Mathieu Bock-Côté, fasciste ou pas?

C’est l’insulte que ce dangereux terroriste a envoyée à Mathieu Bock-Côté, un peu avant la tarte. Tous/toutes les observateurs/trices « crédibles » se sont entendu-e-s pour dire que Bock-Côté n’était pas un fasciste. Qu’est-ce qu’un fasciste, tout d’abord? Qui mérite d’être traité-e de fasciste? Ce débat fait rage depuis plusieurs années. Deux positions extrêmes largement défendues s’affrontent: d’un côté, on préfère la définition étroite et historique. N’est fasciste, finalement, que le militant en chemise noire ayant soutenu Mussolini entre 1921 et 1945. De l’autre : toute personne se réclamant du fascisme ou ayant des tendances totalitaires est une sorte de fasciste et/ou mérite de se faire traiter de fasciste. Je reconnais des torts aux deux positions, et voilà pourquoi je préfère le terme plus inclusif de « facho ».

Donc. S’il n’est pas certain que Mathieu Bock-Côté soit un fasciste, est-il cependant un « facho »?

Le polémiste n’a aucun problème à se faire décrire comme un « conservateur ». Il l’a dit à quelques reprises, et l’a répété ce matin. On peut difficilement faire autrement que de lui concéder ce point. Il a montré à plusieurs reprises qu’il était réfractaire à presque tous les progrès sociaux des dernières décennies, faisant la promotion de l’idéal aristocratique d’un paradis perdu. Il s’est notamment inquiété à de nombreuses reprises de la prétendue disparition de notre civilisation, par l’action concertée des progressistes (surtout les TAPETTES[1]). Je retiendrai cette citation :

« On peut aussi croire que dans une époque qui veut tout dissoudre dans l’individualisme libertaire, la société se crispe, comme si elle résistait aux déconstructeurs qui ne savent plus où s’arrêter et qui saccagent pour le simple plaisir de tout détruire un monde qu’il faudra bien du temps pour reconstruire. Car au terme de la déconstruction, on ne trouve pas l’homme dans sa pureté originelle : on risque de trouver le vide et la sauvagerie. »

Elle résume parfaitement bien la pensée de Mathieu Bock-Côté. J’ai écrit un texte en entier sur sa relation avec la civilisation, disponible sur La Tomate Noire.

Le conservatisme de Bock-Côté est profondément hostile à toute lutte pour l’égalité. Tout nouvel acquis lui semble intolérable, surtout si ces acquis visent les communautés LGBTQIA+. Par exemple, le fait de changer “père, mère” dans les formulaires par “parent 1, parent 2” a déclenché l’ire du chroniqueur, qui y a vu le signe d’un désastre anthropologique à venir : «Le propre d’une référence anthropologique forte est de structurer chaque culture et d’être prise en charge socialement, à la manière d’une norme appelée à définir les rapports sociaux. La référence au père et à la mère est de cette nature. Elle est fondatrice pour l’humanité. On ne peut l’éradiquer sans abimer intimement la culture.» La théorie du genre a fait l’objet de quelques-unes de ses chroniques. Dans l’une d’entre elles, il expliquait aux Français-es que les queers tentaient de « ramener l’humanité à une forme d’indétermination primitive » et disait militer lui-même, ironiquement, pour un respect des catégories sociales et contre le fait «de congédier l’idée même de nature». Dans un autre texte, il défendait presque la Manif pour tous (c’est-à-dire les homophobes de France) avant d’ajouter son fameux : « Nul besoin, ici, de partager les convictions de [insérer un nom de mouvement discriminatoire] » pour s’en distancier. Franchement. Même Christian Rioux est plus subtil.

Mathieu Bock-Côté est un homophobe à mots couverts. Il n’aime pas l’homosexualité comme il n’aime pas tout ce qu’il considère être ahistorique, contre-anthropologique, anticivilisationnel, contre-nature. Mais il camoufle ses tendances discriminatoires (comme ses contradictions) sous un style très lourd et ronflant ou sous des concepts vides.

Le conservatisme de Bock-Côté est également élitiste. Parfois, il s’offusque de la « barbarie » qui se répand sur le net : « C’est un malheureux processus de décivilisation et d’ensauvagement des comportements sociaux qui se voit là. On nous répète depuis quarante ans que moins il y aura de règles, d’habitudes, de rituels et de traditions plus l’individu sera libre et heureux. » Selon lui, la liberté de parole dont on fait preuve sur Internet « marque ainsi une rupture avec un des codes les plus ancrés de la respectabilité sociale : s’exprimer convenablement. » En parlant de la culture populaire, il constate avec mépris que  : « Et quoi qu’on en dise, la civilisation est un processus fragile. Il suffit finalement de peu de choses pour qu’un être raffiné et sophistiqué se transforme en gueulard postillonnant. » Alors même qu’il s’attaque périodiquement au « politiquement correct », prend la défense de Martineau et du populisme conservateur, il abhorre toute transgression ou subversion qui ne soit pas par essence réactionnaire, tout simplement parce que «le respect des formes contribue à la pacification des mœurs.» Autrement dit, son double-standard est parfaitement justifié, et c’est à peine s’il ne se dépeint pas lui-même comme l’incarnation divine du politiquement correct, mais pas n’importe lequel «politiquement correct»: le sien propre. On lui reconnaît au moins de ne pas être incohérent au point d’adorer ouvertement Donald Trump : car s’il ne l’aime pas trop, c’est surtout parce qu’il est impoli. Tout ce qui constitue le reste de sa personne semble provoquer chez lui une solide érection (mais tsé, no homo, là).

Le conservatisme de Bock-Côté entretient un rapport d’ailleurs presque érotique et religieux avec le pouvoir. À plusieurs reprises, il a exigé des opposant-e-s de Trump qu’illes acceptent la défaite. Selon lui, « on peut néanmoins travailler à restaurer, dans les paramètres d’une anthropologie démocratique, la verticalité et la sacralité du pouvoir – sans quoi le pouvoir n’est plus le pouvoir. » La sacralité du pouvoir? Sa verticalité? Restaurer? Ce passage est d’une clarté cristalline: la démocratie ça se passe du haut vers le bas, le pouvoir était sacré, il ne l’est plus, et sans Trump on vivrait dans une époque terrible. Pas étonnant de l’entendre vilipender un monde en déclin (surtout dans le domaine de l’éducation) et se plaindre de l’autorité que les progressistes épluchent comme la pelure sur son orange bleue.

Le conservatisme de Bock-Côté est finalement très, très nationaliste et identitaire. Ce n’est un secret pour personne : il est opposé à tout ce qu’il considère être une manifestation du multiculturalisme et « identitaire » est un de ses mots préférés. En fait, même si on fait abstraction de son islamophobie délirante, Mathieu Bock-Côté reste un raciste. Et selon lui tout organisme, tout groupe qui s’oppose au racisme est un « véritable repaire d’idéologues de gauche radicalisés », même (et surtout) la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Selon lui, il n’y a pas de racisme systémique au Québec, et les difficultés d’intégration des immigrant-e-s (c’est-à-dire, selon les organismes : leur difficulté à trouver un emploi et non pas leur homogénéisation culturelle, mais MBC ne semble pas en tenir compte) n’auraient rien à voir avec la discrimination qu’illes subissent : seulement, certaines cultures ne seraient pas « aisément compatibles entre elles ». De fait, c’est l’homme blanc (il inclue la femme là-dedans) qui est la grande victime du XXIe siècle.

Donc, résumons: Mathieu Bock-Côté est réfractaire aux droits des personnes LBGTQIA+, il est élitiste (sauf quand un homme du peuple, plein de bonhomie et de gros bon sens, appuie ses idées), autoritaire, nationaliste, conservateur, et base toute sa pensée sur une vision ésotérique de l’histoire et de l’anthropologie, dans laquelle il cherche la clef de toutes les questions entourant la notion de civilisation. Quand il réfute le rapprochement actuel entre l’inquiétante montée du nationalisme-conservateur et du fascisme d’autrefois, c’est en disant: « C’est au nom d’un patriotisme charnel, enraciné, vivant, historique, et souvent même mystique qu’on entrait en résistance contre le nazisme ». En plus d’invisibiliser le travail des résistant-e-s non-nationalistes, souvent d’extrême-gauche ou étrangers/ères, il propose donc un contre-argument assez faible : ma gang c’est pas des nazis, puisque des gens semblables à ma gang ont tué des nazis. Par ailleurs, l’extrême-droite québécoise ne serait pas inquiétante, puisque c’est « en criant Allahou Akhbar qu’on assassine ».

 

Conclusion

Que manque-t-il finalement à Mathieu Bock-Côté pour être définitivement qualifié de facho? Pas grand-chose. L’intensité des appels à la violence, peut-être? Le fait qu’il n’a pas précisément fait la promotion de la solution finale? L’uniforme? Cet auteur n’est pas, bien entendu, le petit mussolinien typique, du genre à marcher d’un pas cadencé dans nos rues en faisant le salut hitlérien. Mais du moment qu’on a étudié un peu l’histoire, on sait qu’il n’y avait pas de nazi-type, de fasciste-type, et que ces mouvements d’extrême-droite étaient multiformes et divisés. Monarchistes, socialistes défroqués, grands capitalistes, syndicalistes ouvriers, membres du clergé, collabos de circonstance, philosophes même. Illes étaient de tous les horizons, et tous, toutes n’ont pas fait la job de bras, tous et toutes n’ont pas signé des autorisations aux trains pour qu’ils se rendent aux camps de la mort. S’il y a plusieurs formes de fascisme, pourquoi ne pas réfléchir au fait de qualifier Mathieu Bock-Côté de fasciste modéré, tiens? Si, du point de vue de ce dernier, «L’islamisme, même lorsqu’il ne mène pas au terrorisme, mine nos sociétés», le fascisme peut bien ne pas toujours conduire au génocide, sans pour autant être qualifié d’autre chose que de fascisme, et miner nos sociétés.

Au-delà de tout ça, Mathieu Bock-Côté méritait-il une tarte en pleine gueule? Comme on l’a vu plus tôt, ce n’est pas un petit intellectuel innocent : il fait ouvertement la promotion de la discrimination, et nourrit l’agitation d’extrême-droite. Des groupes xénophobes, comme Poste de Veille par exemple, partagent ses textes. Donc je crois que l’entartage était pas du tout disproportionné. Méritait-il l’insulte de fasciste? Oui. Notez toutefois qu’une insulte n’est pas nécessairement une accusation en bonne et due forme, ni une tentative de démonstration de A par B.

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[1] Comme moi.

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Le genre neutre en français – une tentative

by on Jan.04, 2017, under Géneral, Genre

Je féminise la plupart de mes textes depuis des années et des années. C’est devenu un automatisme : quand j’écris « les militant-e-s », mon doigt se place intuitivement sur la touche «-». À l’oral, je suis nettement moins habile, en revanche : je m’enfarge sans arrêt depuis au moins 2006, mon utilisation de la féminisation change selon le public visé, j’ai tendance à faire l’élision du “et”; même que parfois je fusionne des syllabes. Ce qui donne en général quelque chose comme « les infirmiersfirmières » et « les étudiantudiantes ». Il existe un autre problème à l’oral : afin de distinguer clairement le substantif du participe présent au milieu de mon bégaiement et de mes hésitations, je place le féminin en dernier dans le cas de mots en “-ant”. Car il y a parfois eu des confusions à cet égard : par exemple, quand je dis « les étudiantes-étudiants en histoire », si je ne prononce pas clairement un « et », il arrive souvent qu’on comprenne « les étudiantes étudiant en histoire ». Normal : dans ce cas précis le même phonème se répète : é-é. Le réflexe s’est étendu au reste (d’autant plus qu’il me permet de faire plus facilement l’élision de syllabes et donc de parler plus rapidement) et il m’est même arrivé de me le faire reprocher. Pour avoir l’air plus naturel, j’ajoute donc un « pis les » entre plusieurs substantifs : « les pompières pis les pompiers accepteront jamais l’entente ». Mais dans ce cas précis, il y a des « p » partout, et quelqu’un de pas très attentif pourrait croire que j’ai dit quelque chose comme « les pompières épompées », ce qui ne veut absolument rien dire. Le « ça pis ça » me donne moins l’impression de simplement parler « comme un militant de l’ASSÉ » mais ce n’est pas parfait.

L’Insolente Linguiste est réfractaire aux contractions de la féminisation à l’écrit. Elle a expliqué brièvement son point de vue sur Facebook., dans la foulée de commentaires concernant un article du Devoir sur l’Académie française.

Je ne suis pas d’accord avec ce fragment d’explication : effectivement, la langue est surtout orale, mais pas mal de formes écrites comprennent des idéogrammes, des déterminatifs, des émoticônes, et plusieurs trucs pas du tout applicables à l’oral. Cela peut s’avérer très utile et ajouter de la flexibilité à notre manière de nous exprimer. Je considère par ailleurs cette forme de féminisation comme étant essentiellement orale. Quand on lit « étudiant.e.s », on doit prononcer « étudiants et étudiantes » ou « étudiantes et étudiants ». Il n’y a pas de confusion ou d’accroc, du moment qu’on comprend le code. Les formes de proto-écriture les plus communes ne représentaient pas des phonèmes : c’était de simples signes servant à mémoriser. L’association phonème-caractère s’est faite graduellement. Qu’on conserve des conventions similaires, encore aujourd’hui, ne m’offusque pas tellement.

Comme plusieurs autres, je réfléchis cependant depuis longtemps à la création d’un genre neutre en français. Non seulement en raison de sa commodité mais également pour que les personnes non-binaires ne soient plus forcées de choisir entre le masculin et le féminin. Mais je n’ai rien osé proposer, parce que je jugeais que je ne me tenais pas suffisamment au courant des débats sur la question pour y participer, et que je ne suis pas suffisamment calé en linguistique pour me sentir légitime. Si une personne consciencieuse peut me renvoyer vers des ressources en ligne sur le sujet – et là je parle de tentatives réelles de créer un genre neutre pour le français, je connais déjà le « ille », le « iel », et j’ai fait un peu de linguistique française, alors je connais très bien l’histoire misogyne de la grammaire – j’apprécierais.

Dans certains milieux queer et féministes de l’extérieur du Québec, les éléments neutres déjà présents dans une langue (comme en allemand) voient souvent leur utilisation élargie. C’est très commode quand le genre neutre existe DÉJÀ depuis longtemps.

En français, il faut remonter loin pour trouver un genre neutre (et je ne sais pas où exactement). En latin, on utilisait un genre neutre, mais on le déclinait également : se coller à ces règles ne me semble pas utile aujourd’hui, mais on pourrait marquer le genre neutre par un « um » bien senti, puisque c’est ainsi qu’on terminait un nom neutre de la deuxième déclinaison au nominatif, et laisser tomber toute déclinaison supplémentaire. On écrirait donc « l’étudiantum s’est inscritum en sciences de l’information.» Évidemment c’est hideux.

Voilà donc ce que je propose:  changer la terminaison par une lettre qui n’est grammaticalement pas réellement associée à un genre : le “i”[1]. Au lieu d’étudiant.e.s, on pourrait alors écrire “étudiantis”, “iels ont été malmenéis” et prononcer le “i” quand ça adonne aussi à l’oral, incluant dans les participes et adjectifs (par exemple : “Iels ont été satisfaitis”.) La prononciation semble assez naturelle dans la plupart des cas, et permettrait l’utilisation plus fréquente des diphtongues. Possible qu’à la longue, le «i» tombe à l’oral, et qu’on finisse par prononcer « Iels ont été satisfaitz » mais j’en ai sincèrement rien à foutre.

Qu’en serait-il des articles?

Il serait possible d’écrire « lèi traducti » au lieu de « le/la traducteur/trice ». Ou encore « lèi traducteuri ». Au pluriel : « Les traducteuris / traductis ». Ça peut paraître totalement étrange, mais on s’y ferait rapidement. Le cas du un/une est plus complexe, étant donné que « uni » se dit assez mal dans certaines situations (vous ferez l’essai) : je suggère alors de conserver la nasale du masculin, d’ajouter un « ne » et d’écrire « unne », ce qui je pense a déjà été fait. Possible qu’avec le temps, les noms débutant par une voyelle nous poussent à prononcer « une », et les noms débutant par une consonne « un ». Les articles neutres, au pluriel, n’auraient pas à changer, quoique j’aime bien « leis », comme dans « leis enchanteuris malheureusis » (« les enchanteurs/eresses malheureux/euses »).

Il risque certainement de subsister quelques ambiguïtés, puisque certains noms se terminent en “i” et “ie”. Par exemple, « unne bourgeoisi aiséi » pourrait être confondu, à l’oral, avec « une bourgeoisie aisée », et « lèi pêcheuri est ferméi » avec « la pêcherie est fermée ». Si on décide également de prononcer le “s” au pluriel, il serait difficile de différencier “auteuris” de “autrice”, et “acteuris” de “actrice”. Tout n’est pas parfait avec le “i” mais il existe certainement des manières de contourner la plupart des ennuis.

L’utilisation d’un genre neutre peut nous donner l’impression de lire une langue étrangère, ou une forme de latin « macaronique ». Mais il est assez rare qu’un texte doive compter un grand nombre de féminisations : on utilise généralement ce procédé pour parler de personnages génériques ou de groupes mixtes. La langue ne risque pas d’en être totalement « dénaturée ».

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[1] On pourrait justifier par le fait qu’on utilisait le « i » à la fin des noms de la deuxième déclinaison, au neutre en latin, cas génitif. C’est une explication ridicule mais trouver une antériorité imaginaire à un élément nouveau permet souvent de confondre les esprits réactionnaires.

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